La diphallie est une malformation congénitale extrêmement rare caractérisée par la duplication partielle ou complète du pénis. Depuis le XIXe siècle, moins de 300 cas ont été décrits dans la littérature médicale, ce qui rend difficile l’établissement de protocoles standardisés. Cet article vise à présenter de manière synthétique les connaissances actuelles sur la fréquence estimée, les hypothèses embryologiques, les présentations cliniques possibles, le bilan diagnostique recommandé et les grandes lignes de la prise en charge multidisciplinaire, en insistant sur l’importance d’une approche individualisée et centrée sur le patient et sa famille.
Épidémiologie et variations anatomiques
La diphallie touche environ 1 naissance sur 5 à 6 millions, selon les séries publiées. Les formes décrites vont de la duplication complète, avec deux pénis distincts et deux systèmes urétraux parfois indépendants, à des formes partielles où un bourgeon accessoire ou une bifurcation glanulaire est observée. Des cas très rares de triphallie ont été rapportés. Ces variations anatomiques expliquent la grande hétérogénéité des présentations et la nécessité d’évaluer chaque situation de façon détaillée.
Origine embryologique et facteurs suspectés
La genèse de la diphallie survient lors du développement embryonnaire, typiquement entre la quatrième et la septième semaine de gestation, période de différenciation du tubercule génital et de cloisonnement uro-génital. Plusieurs hypothèses ont été avancées : perturbations du cloisonnement urorectal, anomalies de formation et de fusion du tubercule génital, altérations des voies de signalisation morphogénétiques et mutations ponctuelles dans des gènes impliqués dans le développement génital. Des facteurs environnementaux, comme une exposition à des perturbateurs endocriniens durant la grossesse, sont parfois évoqués mais restent non confirmés par des données solides.
Présentation clinique et anomalies associées
La diphallie est souvent détectée à la naissance en raison de l’anomalie visible, mais certains patients sont diagnostiqués plus tard en raison de symptômes urinaires, d’infections récidivantes, de sténoses ou d’altérations esthétiques perçues par la famille. Les anomalies associées sont fréquentes et peuvent concerner l’appareil urinaire (urètre duplex, anomalies rénales), l’appareil digestif (malformations anorectales), le scrotum et les structures pelviennes. L’évaluation de la fonctionnalité mictionnelle et de la continence est essentielle pour déterminer la stratégie thérapeutique.
Bilan diagnostic recommandé
Le bilan initial doit être complet et coordonné par une équipe pluridisciplinaire. Les examens d’imagerie incluent l’échographie rénale et pelvienne pour rechercher des anomalies associées et assurer la présence de deux reins fonctionnels, puis l’IRM pelvienne pour préciser l’anatomie des corps caverneux, des corps spongieux et des rapports vasculo-nerveux. L’urétrographie rétrograde et la cystographie mictionnelle peuvent aider à cartographier l’urètre et à identifier des communications ou des sténoses. La cystoscopie et l’endoscopie urétrale permettent une évaluation fonctionnelle directe et orientent la planification chirurgicale.
Aspects génétiques et accompagnement psychosocial
Une consultation en génétique est recommandée pour rechercher des syndromes associés ou des anomalies chromosomiques et pour fournir un conseil familial. Le soutien psychologique et social doit commencer dès le diagnostic afin d’accompagner la famille dans la compréhension de la condition, les choix thérapeutiques et la gestion de l’impact sociétal et relationnel. À l’adolescence et à l’âge adulte, l’accompagnement sexologique peut être proposé pour aborder les questions de sexualité, d’identité et de fertilité.
Options thérapeutiques et principes chirurgicaux
Il n’existe pas d’approche unique. Les objectifs prioritaires sont la préservation ou la restauration d’une miction normale et de la continence, la préservation de la fonction sexuelle future, la prévention des infections et la prise en compte du bien-être psychologique. Les options vont de la surveillance conservatrice lorsque les deux unités sont fonctionnelles et non symptomatiques, à la résection partielle ou totale d’une unité peu développée ou source de complications. La reconstruction urétrale est fréquemment nécessaire en cas d’urètre duplex, de sténose ou de fistule afin d’assurer un trajet urinaire unique et pragmatique.
Timing des interventions et approche multidisciplinaire
Le moment de l’intervention doit être discuté au cas par cas. Chez le nouveau-né présentant des anomalies obstructives ou des infections, une intervention précoce peut s’imposer. Dans les cas sans urgence, il est souvent préférable d’attendre que l’enfant grandisse et que la famille ait reçu un accompagnement psychologique pour décider en concertation. La planification opératoire bénéficie d’une équipe incluant urologie pédiatrique, chirurgie pédiatrique, radiologie, anesthésie et psychologie, avec un suivi prolongé après la chirurgie pour surveiller la continence, la fonction érectile et l’évolution psychosociale.
Considérations éthiques et communication
La gestion de la diphallie soulève des enjeux éthiques importants : consentement éclairé des parents, respect de l’autonomie future de l’enfant, décisions concernant des interventions esthétiques non indispensables et protection de la vie privée. La communication doit être honnête, mesurée et non stigmatisante, en fournissant des informations factuelles et des options de prise en charge sans jugement.
La diphallie est une affection rare nécessitant une prise en charge individualisée, multidisciplinaire et éthiquement réfléchie. L’évaluation détaillée de l’anatomie et de la fonction oriente les décisions thérapeutiques, qui doivent privilégier la continence urinaire, la fonction sexuelle future et le bien-être psychologique. La rareté des cas appelle à la publication de séries et au partage d’expérience pour améliorer les recommandations et le soutien offert aux patients et à leurs familles.






