LHISTOIRE DE LANESTHESIE PEDIATRIQUE
150 ans dAnesthésie Pédiatrique à Paris
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01/10/00 |
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| L. Delègue et S. Rosenberg-Reiner | |||||
Le 16.10.1846 à Boston, Morton réalise la première anesthésie chirurgicale par inhalation de vapeurs déther. Deux mois plus tard simultanément à Paris et à Londres, une opération sous anesthésie générale à léther est pratiquée par J. de Lamballe et Liston. A partir de 1847 lanesthésie chirurgicale semballe tant aux USA quen Europe ; en France quelques thèses lui sont consacrées.
Ombrédanne déplore cependant le " Syndrome Pâleur et Hyperthermie " qui apparaît le plus souvent au décours des opérations sur la face. Personne nen trouve ni la pathogénie ni le traitement.Aux Enfants-Malades à Paris, Guersant, et aux Enfants-Assistés, Delabarre fils, sont les pionniers de lanesthésie pédiatrique. Guersant pratique lanesthésie générale lui-même à léther ou au chloroforme mais recommande encore lamygdalectomie sans anesthésie.
En 1867 Giraldes successeur de Guersant publie : " De la mort par le chloroforme chez lenfant " (1 mort pour 15000 opérations en Angleterre). En cas daccident, les techniques de réanimation se réduisent à : traction sur la langue, compression des côtes, faradisation du diaphragme. A Londres, Holmes pratique : traction sur la langue, compression des côtes, eau de vie dans la bouche, aspersion deau froide.
En 1878, de Saint Germain successeur de Giraldes publie " de lAnesthésie chez lenfant ". Il a pratiqué lui-même plus de 10 000 Anesthésies au chloroforme ou en association avec léther. Il est le premier à décrire 3 stades dans lapprofondissement de lanesthésie et à suggérer le " bouche à bouche " en cas darrêt respiratoire.
Brun, Kirmisson, Broca les successeurs de Saint Germain ne publient rien sur lanesthésie.
Aux USA et en Angleterre on fait toujours confiance à léther et au chloroforme et apparaissent les premiers appareils à insufflation (Glover 1877).
En 1908 Louis Ombrédanne successeur de Kirmisson présente lappareil de son invention basé sur la ré-inhalation de lair expiré enrichi de vapeurs déther.
Quatre générations dadultes et denfants français et européens ont connu lanesthésie à léther avec lappareil dOmbrédanne.
Ce nest plus le chirurgien qui pratique lanesthésie : cest un étudiant, un garçon de salle, au mieux une infirmière. Lincompétence du préposé à lanesthésie est responsable des incidents et accidents.
La guerre 39/45 révèle aux chirurgiens français, non seulement les avancées techniques des Américains, mais un comportement déquipe chirurgien-anesthésiste efficace et novateur grâce auquel dès 1910 la chirurgie intra-thoracique est réalisable.
On ne fait plus ré-inhaler le CO2.. Des circuits fermés ou semi-fermés avec plus ou moins dabsorption du CO2 sont réalisés par Heinbrinck et Forreger. On pratique largement l'intubation trachéale facilitée par la mise au point technique des laryngoscopes.
Pour lenfant et le nourrisson toutefois il faut trouver mieux que ces circuits trop résistants.
Ayre en 1937 imagine la " T piece " sans espace mort sans résistance mais qui ne permet pas lassistance de la ventilation et ne peut être utilisée quavec léther.
En 1948 Stephen et Slater, puis Digby Leigh mettent au point chacun " une valve sans rebreathing " qui se branche directement sur la sonde dintubation et permet une ventilation assistée ou contrôlée à la demande. Lanesthésiste peut alors choisir entre agents volatils ou intraveineux associés ou non à un curare et un analgésique en fonction de lopération projetée.
Les chirurgiens français cherchent alors à rattraper leur retard, doù le " chirurgien intubateur ", avec la sonde dintubation bricolée par lui-même, et lappareil danesthésie de son invention. Lentretien et la surveillance de lanesthésie sont assurés par une infirmière.
Enfin en 1950 est nommé à la Clinique Chirurgicale des Enfants-Malades un assistant danesthésie : M. BourgeoisGavardin, fort heureusement formé à Montréal par Stephen linventeur de la valve.
M. Bourgeois-Gavardin dispose de deux infirmières bien entraînées et de quatre à cinq stagiaires du CES. Les appareils dOmbrédanne disparaissent, 3 Heinbrinck se déplacent à la demande dune salle à lautre.
Dès le premier congrès international dAnesthésie en 1951, M. Bourgeois-Gavardin condamne définitivement lappareil dOmbrédanne, élimine le circuit clos, tolère le semi-clos pour les grands enfants et privilégie définitivement le circuit sans rebreathing pour le jeune enfant, le nourrisson et le nouveau né.
En 1953 M. Bourgeois-Gavardin toujours seul médecin anesthésiste obtient 12 vacations dattachés quil attribue à 3 nouvelles diplômées.
Les Enfants-Assistés et Trousseau nont pas dassistant danesthésie : deux attachés et des infirmières sont toujours sous lautorité des chirurgiens.
En octobre 1953 M. Bourgeois Gavardin repart aux Etats-Unis où un poste davenir lui est proposé. Il nest pas remplacé !
Les trois attachés, les deux infirmières et les quatre ou cinq stagiaires continuent dassurer lactivité anesthésique de la CCI. Isolées dans leur travail elles essaient de se faire connaître en publiant. Par deux fois les chirurgiens sattribuent leurs travaux !
Elles obtiennent enfin par elles même trois postes de moniteurs pour six mois. Ces postes, oubliés par ladministration, fort heureusement subsistèrent jusquen 1984.
Sentant leur formation encore bien insuffisante, elles prennent sur leurs vacances pour aller à Liverpool, à Londres, à Newcastle et surtout en 1958 à Boston au Département dAnesthésie Pédiatrique du Mass General Hospital.
En 1964 les chirurgiens de la CCI acceptent de leur laisser organiser une Journée dAnesthésie Pédiatrique. Cette journée permet détablir des contacts plus étroits avec Saint Vincent de Paul et Trousseau. Chacun y peut y raconter ses difficultés : les guillotineurs damygdales font lunanimité contre eux.
En 1967 lune des trois anesthésistes de la CCI est nommée à Rouen pour créer un Département dAnesthésie dont les chirurgiens locaux font savoir quil nen ont pas besoin ! Par chance un chirurgien pédiatrique de Saint Vincent de Paul est aussi nommé à Rouen. Rapidement un secteur dAnesthésie Pédiatrique est mis sur pied avec la collaboration de débutants très motivés.
En 1971 lAssistance Publique crée le Département dAnesthésie de lHôpital des Enfants-Malades. Profitant de la construction de la nouvelle Clinique Chirurgicale Infantile, le Département dAnesthésie sinspire de lexpérience vécue à Boston : consultation, salle de pré-anesthésie, salles danesthésie, de réveil, bureaux, bibliothèque sorganisent pour offrir à la nouvelle équipe les éléments nécessaires à la pratique de lanesthésie dans toutes les spécialités chirurgicales.
Les publications sont activement reprises. En 1979 est créée lADARPEF avec Saint Vincent de Paul et Trousseau et les réunions annuelles se déroulent à la satisfaction des visiteurs qui sont souvent des anesthésistes dadultes inquiets davoir à endormir des enfants.
En 1984 la Chaire dAnesthésie de Paris et les chirurgiens des Enfants-Malades laissent disparaître le Département dAnesthésie pédiatrique des Enfants-Malades qui devient une unité fonctionnelle du Département de Necker.
Heureusement Saint Vincent de Paul, Trousseau et Robert Debré peuvent assurer la pérennité de notre discipline, son rayonnement et son enseignement.