Histoire Anesthésie et Réanimation
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Les méthodes asiatiques ancestrales de réanimation sont elles efficaces ?

par Hubert Vincent


Quelques jours après l’obtention de ma Ceinture Noire, le Maître réunit tous les nouveau promus, fit soigneusement fermer les portes à clef, de façon que personne ne puisse pénétrer dans le Dojo. « Maintenant vous Ceinture Noire, nécessaire étudier KUATSU, dit-il, mais c’est enseignement secret, nécessaire promesse avant, jamais parler ».

Chacun individuellement, à genoux, doit prononcer le serment, main droite levée, de ne jamais révéler, sauf à une Ceinture Noire ou autorisation spéciale, l’enseignement du KUATSU.

Le KUATSU est nécessaire aux Ceintures Noires, car prenant souvent la responsabilité d’un cours, ils devaient être en mesure   de réanimer celui qui aurait accidentellement perdu connaissance ou subi un étranglement poussé. Le Maître, après nous avoir soigneusement montré les procédés et les points de réanimation, invita certains d’entre nous à subir volontairement l’étranglement et la réanimation. (…)

Les techniques de réanimation étaient remarquablement efficaces et quelques secondes suffisaient pour « ressusciter » le patient. Cela nous donnait un sentiment de grande sécurité. Le Maître insistait sur la nécessité de calme absolu et d’absence de précipitation chez celui qui réanime. Son exemple était impressionnant, il saisissait sans hâte, avec une sorte de solennité, le « gisant » et avec précision, concentration, résolution, appliquait les techniques du KUATSU qui devenaient alors extrêmement efficaces. Suivait l’enseignement de quelques techniques de SEIFUKU qui, elles, n’étaient pas secrètes, pour la remise de quelques luxations, quelques réductions de fractures, précautions de médecine d’urgence, etc. Cette séance nous fît pénétrer plus avant dans le côté intime du Judo et nous commencions à nous sentir vraiment Ceinture Noire avec la fierté et la responsabilité qui s’attachaient à cette dignité

.J.-L. Jazarin, L’esprit du Judo, entretiens avec mon Maître.

 Introduction


Les KUATSU sont des thérapeutiques manuelles de tradition asiatique. Comme procédés de réanimation, ils sont utilisés depuis des siècles dans des pays de tradition commune, et plus particulièrement au Japon, dans le cadre du traitement des accidents du Judo et d’autres arts martiaux : Aïkido, Karaté-do, Kendo, Kyudo,…
Ces techniques sont d’une efficacité éprouvée depuis des siècles : elles sont enseignées dans le Judo moderne du Kodokan, Centre Mondial du Judo à Tokyo.
Les KUATSU permettent de lever des syncopes (en particulier les syncopes par inhibition réflexe) secondaires à une douleur violente (traumatisme testiculaire ou du plexus solaire, luxation ou fracture) ou un étranglement par compression carotidienne bilatérale, qui pourraient évoluer rapidement, en l’absence d’une réanimation rapide, vers une aggravation irréversible. Le KUATSU n’exige ni drogue, ni appareillage spécialisé, ni médecin. Il agit comme geste de réanimation salvateur réalisé devant une situation urgente où la vie de la victime est menacée à court terme.
Au plan sémantique, KUATSU est la contraction phonétique de Kua(signifiant vie) et Tsu (lui-même contraction de Jutsusignifiant technique). L’ensemble signifie donc technique de vie, de retour à la vie, de réanimation. Le KUATSU est la branche majeure du SEI-FUKU, contraction de Sei (signifiant comme avant, authentique ou vrai) et de Fu-Ku (signifiant remettre, restaurer, rétablir) : art de restaurer les traumatismes. Outre les KUATSU, le SEIFUKU comprend des techniques de remise en place de diverses luxations, des techniques antalgiques face à différents traumatismes (tête, testicule, plexus solaire,…).
Au plan historique, les techniques de KUATSU ont longtemps été gardées secrètes au Japon. C’est pourquoi il est difficile de fixer leur historique, mais leur lien avec les arts martiaux est indéniable. Dans l’Ancien Japon selon Shige Taka Minatsu (Histoire des Arts Martiaux, 1714), les KUATSU étaient classés parmi les huit arts martiaux.
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Jusqu’à une date récente, l’initiation aux KUATSU suivait un rituel visant à frapper l’imagination.
La cérémonie se déroulait dans la salle d’entraînement ou Dojo, la nuit, dans le plus profond secret, entre initiés.Le nouvel admis au grade de 1erDan (Ceinture Noire) était d’abord mis en syncope par une technique de strangulation (Giaku-Juji-Jime, 2èmeShime-Waza ou « étranglement ») avec compression bilatérale des carrefours vasculo-nerveux carotidiens. Une interruption momentanée du flux sanguin cérébral est ainsi obtenue, mais surtout la stimulation brusque de cette zone provoque une inhibition réflexe avec grande bradycardie voire pause cardiaque et respiratoire.
La syncope est rapide et indolore surtout si la pression est maintenue suffisamment longtemps pour qu’il y ait une amnésie rétrograde avec effacement des derniers souvenirs d’angoisse.
Après " ressuscitation " par le KUATSU, le nouvel initié devait faire serment de ne jamais révéler les secrets qui allaient lui être dévoilés.

 Caractéristiques générales


Les KUATSU se caractérisent essentiellement comme des techniques manuelles, associant des manoeuvres abdomino-thoraciques à des percussions de zones privilégiées. Les KUATSU peuvent être appliqués par un seul opérateur ou avec l’aide d’un ou de plusieurs assistants synchronisant leurs efforts.

Principes d’action


Si, après syncope provoquée par compression carotidienne bilatérale, on relâche brutalement la compression après la perte de conscience et la pause cardio-respiratoire, le sujet peut revenir spontanément à la conscience, avec plus ou moins de troubles secondaires : nausées, vertiges, céphalées, ataxie transitoire. Si, par contre, le KUATSU est immédiatement appliqué, la réanimation est immédiate et sans aucun désordre. Si, enfin, l’étranglement est plus prolongé, on est obligé de recourir d’urgence au KUATSU pour ne pas risquer une issue fatale, le retour spontané à la conscience étant beaucoup plus relatif.
Dans ce cas également, la réalisation du KUATSU permet un réveil rapide et immédiat, sans troubles secondaires, sauf parfois une confusion des circonstances de la syncope. Plusieurs actions sont traditionnellement décrites dans les techniques des KUATSU, permettant ainsi une classification. En fait, ces différentes actions sont souvent intimement mêlées lors de la réalisation du KUATSU.

Action cardio-circulatoire


L’action cardio-circulatoire des KUATSU peut être secondaire à des compressions mécaniques directes (trans-thoraciques), indirectes (trans-diaphragmatiques) et/ou à des percussions sismiques ébranlant le coeur (pour « relancer » le coeur). Par ailleurs, de nombreux KUATSU ont pour effet de mobiliser la masse sanguine abdominale (splanchnique) séquestrée et isolée de la circulation   générale lors des syncopes, par pressionabdominale.

Action respiratoire


Les KUATSU agissent essentiellement par le biais d’une expiration maximale prolongée, avec refoulement des masses viscérales abdominales vers le thorax. Cette « expression abdomino-thoracique » longue et lente cesse brusquement et doit être suivie, chaque fois que possible, d’une manoeuvre d’expansion thoracique provoquant activement un mouvement d’inspiration. L’interprétation physiologique serait la suivante : le centre régulateur bulbaire de la fonction respiratoire serait stimulé par des voies ascendantes en provenance de récepteurs thoraciques, de sorte qu’une expiration forcée susciterait par voie réflexe une inspiration à la fois passive (par retour élastique des parois thoraciques) et active (par stimulation bulbaire).

Action réflexogène


Les zones d’intervention pour les KUATSU sont des régions privilégiées, centrées sur des repères que l’on a tentés de réduire à des points. En réalité, ces zones ne sont pas ponctuelles, et les propriétés mécaniques de leur stimulation pourraient être mises en relation avec les caractères anatomo-physiologiques des régions considérées. La plupart des techniques de KUATSU agissent par percussion d’une zone réflexogène appelée TSUBO, zone réflexogène médio-thoracique centrée sur la 6èmevertèbre dorsale. Traditionnellement, le repérage du TSUBO n’est guère précis, d’autant plus qu’il s’agit de faire vite devant l’urgence vitale de la situation. Dans la pratique, on étend la main sur le dos du sujet, le majeur localisant l’apophyse épineuse la plus saillante à la base du cou (C7 ouD1 selon les sujets). Le TSUBO se situe sous la paume de la main, à environ 1/3 de la distance entre le talon de la main et la ligne des commissures des doigts. D’autres zones réflexogènes sont décrites au niveau de L3 (zone médio-lombaire) ou C7 (cervico-thoracique).
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L’action d’une percussion au niveau d’une de ces zones réflexogènes provoque un ébranlement mécanique qui serait à l’origine d’une stimulation intense des centres nerveux médullaires situés dans la zone du canal rachidien adjacente. Sur cette base, on note que la percussion des niveaux vertébraux D6/D7 provoquerait une systole cardiaque avec hypertension et vasoconstriction, celle de D3/D4 un effet inverse avec diastole cardiaque et vasodilatation et celle de C7 un effet vasoconstricteur avec élévation de la pression artérielle  . _ Les percussions en L3/L4 n’auraient pas d’effet expliquant directement leur rôle dans la réanimation. On note cependant leur action stimulante sur les glandes surrénales avec décharge catécholaminergique.
Une zone extra-rachidienne est également décrite : la zone épigastrique. La stimulation de cette zone provoquerait une stimulation du plexus solaire, ensemble complexe de ganglions nerveux important dans la régulation respiratoire, cardiaque et digestive. La percussion de cette zone provoquerait, sur le plan strictement mécanique, une percussion diaphragmatique (qui pourrait lever le spasme de ce muscle respiratoire) et un massage cardiaque transdiaphragmatique.

 	Le KIAÏ


La légende confère au KIAÏ des pouvoirs extraordinaires. " Pousser le KIAÏ ", c’est émettre une sonorité intense " partant du ventre " pour accompagner un effort qui sera ainsi synchronisé et donc plus puissant. Le KIAÏ se pousse également lors de la réalisation des KUATSU, et a même été proposé comme seul procédé de réanimation. Traditionnellement, les KUATSU se pratiquent donc avec émission du KIAÏ, mais ils donnent d’excellents résultats même en l’absence du KIAÏ.

Les KUATSU majeurs : SO-KUATSU


Cette série de KUATSU associe les effets des trois actions précédemment décrites : stimulation cardiaque, essentiellement par voie indirecte transdiaphragmatique, expression abdomino-thoracique et percussion réflexogène vive, rapide et brève.
TANDEN-SO-KUATSU
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- Préparation : Victime en décubitus dorsal, bras en croix, sauveteur aux pieds de la victime.
- Technique : Les deux mains " raclent " la paroi abdominale par leurs bords cubitaux, depuis le petit doigt jusqu’au poignet, le pouce écarté. Le mouvement commence au bord supérieur du pubis. Le glissement progressif de cet appui manuel de bas en haut refoule littéralement les viscères abdominaux sous le thorax, en entraînant le diaphragme en position d’expiration forcée, avec diminution du volume thoracique.
Compression des dernières côtes par les extrémités des doigts, alors que les talons des mains s’insèrent comme des coins dans le creux épigastrique. Temps final explosif, avec saut, si l’on désire respecter la tradition.
AGURA-SO-KUATSU
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- Préparation : Victime en position assise, le sauveteur se place derrière la victime, place ses bras et ses jambes autour de la victime. Les mains du sauveteur sont entrecroisées, ses pieds reposent sur ou entre les cuisses de la victime. Le sternum du sauveteur se place au niveau de la zone réflexogène médio-dorsale (TSUBO) de la victime.
- Technique : Les deux mains refoulent la masse abdominale depuis le pubis jusqu’à l’angle xiphoïdien. Les pieds sont agrippés aux cuisses de la victime et les genoux participent à cette chasse abdominale, le sternum du sauveteur effectue une compression au niveau de la zone réflexogène médio-dorsale (TSUBO) de la victime en fléchissant son tronc en avant. Le temps final est explosif avec relâchement brusque de l’expression. S’y ajoute une " ouverture du thorax " de la victime : manœuvre active d’inspiration avec élévation costale par les avant-bras, traction des poignets en arrière au niveau du sillon delto-pectoral

Autres KUATSU


KUATSU qualifiés de mineurs et proposés dans le traitement des syncopes incomplètes ou secondaires à un étranglement non prolongé. Ils sont nombreux et peuvent être classés en fonction de leur action principale : HAI-KUATSU pour les KUATSU respiratoires, SHINZO-KUATSU pour les KUATSU cardiaques. Quelques unes de ces techniques méritent notre attention.
SEI-KUATSU
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La technique du SEI-KUATSU (procédé authentique), classée dans les HAI-KUATSU, doit être relevée : elle constitue la première des techniques à appliquer en cas de syncope. Elle est d’ailleurs souvent qualifiée de KUATSU fondamental. Ce n’est qu’en cas d’inefficacité de cette technique ou devant une syncope complète ou d’emblée qualifiée comme grave par le sauveteur, que sera pratiqué un SO-KUATSU, en particulier le TANDEN-SO-KUATSU.
- Préparation : Le sauveteur assoit la victime en l’adossant contre sa jambe. La victime est maintenue dans cette position par les avant-bras du sauveteur placés au-dessus des ses épaules. Le genou du sauveteur vient se situer au niveau de la zone réflexogène médio-dorsale (TSUBO) de la victime.
- Technique :
Temps réflexogène : par percussion de la zone médio-dorsale avec le genou (pas toujours décrit dans la technique selon les auteurs).
Temps expiratoire : expiration puissante, prolongée, entraînant une " expression thoracique ". Les deux mains sont situées sur la partie supéro-externe du plastron thoracique, au niveau des deltoïdes. Le sauveteur se penche en avant en tassant la victime sur elle-même et fait descendre ses deux mains vers le creux épigastrique. Dans le même temps, le genou pousse la zone médio-dorsale en avant.
Temps inspiratoire : le relâchement brusque de la pression réalise une inspiration passive par élasticité des parois thoraciques, qui est amplifiée par un " redressement " du dos de la victime sur le genou du sauveteur. Les mains remontent de l’épigastre vers les pectoraux du patient, tendant à " ouvrir " son thorax. Dans le même temps, le genou effectue une contre-poussée vers l’avant.
Dernière modification : vendredi 28 novembre 2008